Plus de la moitié des travailleurs autonomes du transport au Canada, du camionnage longue distance au taxi, sont des immigrants. Neuf entreprises de nouveaux arrivants sur dix dans ce secteur sont menées par leur seul propriétaire, à la fois chauffeur, répartiteur et comptable. Dans l’ensemble de l’économie, le tableau est semblable. En 2019-2021, 13,6 % des entreprises dont le propriétaire avait été admis au Canada depuis moins de cinq ans avaient des employés, contre 18,6 % des entreprises appartenant à des non-immigrants.

On serait tenté d’y voir des nouveaux arrivants qui peinent à croître. Les données racontent une histoire plus favorable.

Une question de temps

L’entreprise d’un nouvel arrivant est jeune, puisque son propriétaire est arrivé récemment. Environ la moitié des travailleurs autonomes reçus depuis dix ans ou moins exploitent leur entreprise depuis moins de trois ans; chez les autres propriétaires, une sur cinq. Or les jeunes entreprises embauchent rarement, quel que soit leur propriétaire. La première année, environ 11 % ont des employés rémunérés, chez les nouveaux arrivants comme chez les autres; la deuxième et la troisième année, environ 17 %.

Il faut donc comparer ce qui est comparable. Placez les entreprises des nouveaux arrivants à côté d’entreprises du même âge, et l’écart d’embauche passe de huit points à environ un (Enquête sur la population active, 2019 à septembre 2026). Statistique Canada avait observé la même chose pour les sociétés constituées une décennie plus tôt : les entreprises appartenant à des immigrants étaient plus jeunes et, une fois l’âge pris en compte, l’écart de création d’emplois se réduisait sensiblement.

Le propriétaire qui travaille seul

L’écart qui reste a un visage. Ce sont les propriétaires dont l’entreprise a de trois à neuf ans et qui travaillent 50 heures par semaine ou plus. Parmi eux, 28 % des nouveaux arrivants ont des employés rémunérés, contre 43 % des autres propriétaires. À Toronto, Montréal et Vancouver, la différence est plus marquée : 24 % contre 45 %. Le nouvel arrivant qui travaille le plus longtemps est celui qui travaille le plus souvent seul.

Interrogées en 2026 sur ce qui freine leur entreprise, les entreprises détenues majoritairement par des immigrants citent plus souvent la concurrence, la faiblesse de la demande et le financement. Le recrutement de personnel qualifié revient aussi souvent que chez les autres. À les entendre, ce sont les clients et les liquidités, plus que les candidats, qui font obstacle.

Ce qui aide

La recherche sur les petites entreprises va dans le même sens. Dans un essai randomisé au Mexique, une année de services-conseils intensifs pour des entreprises d’environ dix ans a été suivie de 44 % d’employés de plus deux à trois ans plus tard. Un bon de conseil ponctuel, offert à 15 207 entreprises britanniques, a laissé l’emploi inchangé. Au Canada, Statistique Canada a comparé les clients de BDC, la banque fédérale de développement, à des entreprises semblables : les entrepreneurs immigrants ayant reçu un financement accompagné de conseils ont vu leur emploi croître de 13,5 points plus vite en 2020-2021, contre 5,4 points avec le financement seul. Cette comparaison porte sur une année de pandémie et peut surestimer l’effet, mais elle concorde avec l’essai.

La leçon est simple. Jugez l’entreprise d’un nouvel arrivant à côté d’entreprises du même âge. Et lorsqu’une personne a passé des années à travailler seule 50 heures par semaine, l’aide le plus souvent suivie de nouveaux employés, ce sont des conseils qui durent des mois, accompagnés de financement. Un essai portant précisément sur cela pour les entreprises de nouveaux arrivants au Canada reste à mener.

La note de recherche

Il s’agit d’une première note de recherche de la CFIR, fondée sur les données publiques de Statistique Canada, en amont d’une évaluation par les pairs. La note complète, avec la méthode, chaque chiffre et chaque réserve, se trouve ici (en anglais) : Where the Hiring Gap Sits (PDF).